Raoul Ruiz avait tourné avec des acteurs de taille comme Catherine Deneuve ou encore John Malkovich.
TIZIANA FABI / AFP Le cinéaste Raoul Ruiz est décédé vendredi matin à Paris, des suites d'une infection pulmonaireNé le 25 juillet 1941 au Chili, le réalisateur s'était exilé en France?à l'avènement de la dictature dans son pays en 1973.
Il avait tourné plusieurs?dizaines de films lors d'une carrière où l'artiste était toujours resté engagé. Cet amoureux de littérature avait étudié le droit et la théologie avant?d'écrire de nombreuses pièces de théatre.
L'an dernier, le réalisateur avait re?u le prix Louis-Delluc, souvent? présenté comme le "Goncourt du cinéma", pour son film fleuve (4h26) "Mystères?de Lisbonne", centré sur la vie de l'aristocratie lusitanienne, adapté d'un classique de la littérature populaire portugaise du XIXe siècle.
"C'était non seulement un ami mais un des plus grands cinéastes vivants,?qui avait une oeuvre considérable, qui restera avec évidence dans l'histoire du cinéma", a déclaré Fran?ois Margolin, son producteur.
Le cinéaste dsera inhumé sera inhumé au Chili, a annoncé le ministre chilien de l'Education Luciano?Cruz-Coke. En France, sa société de production Alfama Films a annoncé qu'une cérémonie religieuse se déroulerait à Paris, mardi matin à l'Eglise Saint-Paul,? dans le quartier du Marais.
Terminer son?dernier projet
Le film que le réalisateur s'apprêtait à tourner au Portugal sur une? bataille napoléonienne devrait être terminé et sortir dans les salles, a?indiqué son producteur portugais.
Le réalisateur travaillait sur le film "As linhas de Torres" (Les lignes de? Torres), en référence aux lignes défensives de Torres Vedras, une ville du nord? de Lisbonne, mises en place avec l'aide des troupes anglaises pour arrêter?l'offensive de l'armée napoléonienne en 1810. La phase préparatoire du film est terminée, a expliqué Paulo Branco.
Ce dernier a en outre rendu hommage au cinéaste soulignant "son? inventivité" et sa personnalité "d'une humanité et d'un humour rares".
Le parcours d'un artiste
Il présente son premier long métrage?"Tres tigres tristes", l'histoire croisée de trois personnages à Santiago, au? festival de Locarno en 1969. Cette année là, il épouse sa collaboratrice et compatriote Valeria? Sarmento, monteuse sur beaucoup de ses films.
"Il était en train de finir le montage d'un film qu'il avait tourné sur son?enfance au Chili. Et par ailleurs, il préparait un autre film au Portugal sur une bataille napoléonienne célèbre. Il devait y avoir Melvil Poupaud", a? précisé son producteur.
"C'était une personne venue d'une autre époque, qui connaissait tout sur tout, d'une culture immense à tous points de vue, et qui était à cheval entre?deux pays, le Chili et la France. Il aimait le mélange de ces diverses?cultures. Il a fait des films dans différents pays du monde. C'était sans doute? un des plus grands esprits, même au-delà du cinéma, de l'époque actuelle",? a-t-il ajouté.
Son oeuvre foisonnante et innovante sur le plan formel est à la fois? intellectuelle, onirique avec une influence nette des romanciers d'Amérique latine comme Gabriel Garcia Marquez ou Jorge Borges,?tout en restant?ludique.
Il avait notamment tourné "Trois vies et une seule mort" en 1995, l'un des derniers r?les de Marcello Mastroianni qui y interpète un personnage aux? multiples personnalités. Sélectionné à Cannes, le film contribua à le faire?conna?tre sur la scène internationale.
Ruiz a révèlé le comédien Melvil Poupaud, en lui offrant son tout premier r?le au cinéma dans "La ville des pirates" (1984) avant de lui offrir des r?les? dans une dizaine de films, parmi lesquels "Dans un miroir" (1986) ou?"Généalogies d'un crime" (1997).?
Le cinéaste a également signé plusieurs adaptations de romans dont "Le?temps retrouvé" en 1998, d'après Marcel Proust, avec Catherine Deneuve dans le?r?le d'Odette et John Malkovich en baron de Charlus, puis "La maison Nucingen" d'après Balzac, avec Elsa Zylberstein.
Réactions
- Le président Nicolas Sarkozy a salué en Raoul? Ruiz, mort vendredi, un cinéaste d'une immense érudition et d'une infinie? curiosité, "digne héritier des Lumières" qui avait choisi la France comme terre? d'accueil. "C'est en France que ce conteur hors pair avait réalisé une grande partie? d'une oeuvre faisant appel à tous les genres cinématographiques, à la fois? baroque et audacieuse, marquée aussi bien par les films de la Nouvelle Vague? que par les romans de Stevenson", a rappelé le président de la République.
- Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a rendu hommage? à l'"inlassable créateur" dont l'univers "d'une profonde originalité, imprégné? de surréalisme, peuplé de trouvailles formelles fascinantes, reste largement? inexploré". "Si le public l'a plébiscité pour les grands films servis par Marcello? Mastroianni, Michel Piccoli, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert ou Arielle?Dombasle, on ignore souvent qu'il a tourné une centaine de longs métrages dont?beaucoup restent encore à découvrir ou à redécouvrir", a souligné le ministre.
- L'ancien ministre socialiste de la Culture Jack? Lang, qui avait nommé Raul Ruiz en 1985 à la tête de la maison de la culture du? Havre, a estimé que le Franco-Chilien mort vendredi était "un cinéaste hors du?commun, symbole accompli du métissage des cultures latino-américaines et? européennes". "Après le coup d'état de (Augusto) Pinochet, notre pays était devenu le? sien", a dit l'ex ministre dans un communiqué. "Raoul Ruiz était, dans tous les sens du mot, un inventeur, un découvreur,? un chercheur intrépide et courageux", a-t-il ajouté.
- Le secrétaire d'Etat portugais à la Culture, Francisco José Viegas, a? souligné la relation "quasi ombilicale" qui liait le réalisateur au Portugal,? donnant lieu "à neuf films importants parmi lesquels les Mystères de Lisbonne",? inspiré du roman éponyme de l'écrivain Camilo Castelo Branco.
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